Un très bon article dans le supplément Fémina du Journal du Dimanche du 30 avril 2016


Un très bon article dans le supplément Fémina du Journal du Dimanche du 30 avril 2016


Il va falloir qu’on m’explique …Dans de nombreux pays, comme chez nos voisins britanniques, il est illégal de laisser seuls des mineurs de moins de 15 ans. Et des parents raisonnables et responsables ne songeraient pas un seul instant à laisser des enfants de 8 à 12 ans une journée entière seuls chez eux .. .
Mais la télé, elle, y songe ! Une télé-réalité va faire cohabiter huit enfants de 8 à 12 ans seuls dans une maison pendant QUATRE JOURS – ils seront chargés de faire les lits, la cuisine, de gérer un budget …D’organiser une fête. Enfin, soi-disant seuls car l’expérience est « sécurisée » par des animateurs non filmés …Et cela sous prétexte d’un « divertissement ludo-éducatif
Tout le monde sait que des enfants livrés à eux-mêmes vont avoir comme priorité de faire le ménage et la vaisselle …Sans compter qu’un enfant de 8 ans et un enfant de 12 ans, ce n’est pas vraiment la même chose sur le plan de la maturité ou de la responsabilité …
Encore une fois, il semble que la télévision française s’acharne à récupérer le pire des chaînes étrangères. L’émission « Boys and Girls alone » a été déprogrammée par Channel 4 en 2009 après un déluge de plaintes des téléspectateurs…Souhaitons qu’il en soit de même en France.
« Seuls à la maison – France 4 » jeudi 20h55
Je voudrais partager avec vous un petit bijou de la BBC qui jusqu’à aujourd’hui n’existait que dans la version originale non sous-titrée, ce qui peut gêner les anglophiles non bilingues.
« Lark Rise to Candleford », le titre original de cette série – dont la première saison sort dans une semaine en français – est un must pour tous les amateurs de Downton Abbey (vous y retrouverez M. Bates…) et des œuvres de Jane Austen. Elle est tirée d’une trilogie semi-autobiographique de Flora Thompson.
A la fin du 19ème siècle, durant les dernières années de règne de Victoria, l’Angleterre se modernise, et les femmes s’émancipent. On suit la vie de deux communautés qui s’entrelacent, le village paysan, Lark Rise, et le bourg, Candleford. A travers des intrigues amoureuses, et la vie quotidienne des familles, on voit également l’industrialisation des campagnes, l’arrivée du chemin de fer, mais aussi et surtout comment le rôle des femmes évolue, comment les mœurs changent, le rôle de l’Eglise, de l’école, et de la Poste…
Aussi délicieuse qu’un morceau de gingerbread, toute en douceur, en subtilité, et en humour épicée par Dorcas Lane, une des seules « maîtresses des Postes » du pays …cette série devrait vous faire fondre !
Les réseaux sociaux se font l’écho de bien des défis qui en effet défient l’entendement. Ils varient des plus dangereux comme le Neknomination – boire le plus d’alcool possible en un minimum de temps, le Fire challenge – tout simplement se transformer en torche vivante, le Condom challenge – s’enfiler un préservatif sur la tête – aux soi-disant humanitaires, comme le Ice bucket challenge – où se renverser un seau d’eau glacé sur la tête permet de faire des dons à des associations.
Le dernier en date est le A4 WAIST CHALLENGE, qui a déjà fait le tour du monde. Une jeune fille devrait avoir la taille aussi mince qu’une feuille A4. ..Il semble que cette nouvelle lubie vienne de Chine …
Quelqu’un qui a un peu de logique et des bases d’optique devrait trouver la solution …Il suffirait de s’éloigner de cette fameuse feuille et de la tenir à bout de bras …
Ou encore, comme Alice, de tester quelques potions magiques …
Mais au-delà de ces plaisanteries, le sujet est grave. Un membre du parlement britannique, Joan Bakewell, ancienne présentatrice, a suscité les foudres du public la semaine dernière en expliquant que l’anorexie n’était qu’un signe de narcissisme, et que dans les camps en Syrie, il n’y avait pas d’anorexie… (http://www.dailymail.co.uk/news/article-3489997/Anorexia-narcissism-says-Joan-Bakewell-called-hunger-young.html)
Signe de narcissisme, certes – mais dans quel sens ?? Si le narcissisme est l’amour de l’image de soi, et par extension du soi, les jeunes et moins jeunes anorexiques, femmes et hommes, en manquent cruellement. Or, ce narcissisme est nécessaire à la construction du soi, et à l’acquisition de la confiance en soi. Joan Bakewell a présenté ses excuses, peut-être aurait-elle dû plutôt préciser ses propos. Car si l’on sait que l’anorexie est un trouble grave, et qu’il n’est pas apparu surfant sur l’apparition d’une civilisation de l’image où selfies et réseaux sociaux prolifèrent , il est certain que ce sont des circonstances aggravantes, surtout pour les plus jeunes.
Ce qui me semble particulièrement dangereux, c’est que ces défis de la maigreur existent depuis longtemps sur les blogs pro-anas, qui vantent un mode de vie anorexique. A tel point qu’il existe même des wannarexiques – des jeunes filles qui choisissent de s’affamer …Il existait déjà des messages comme « allongez-vous par terre, si vous êtes plus épaisse qu’un Bic, vous êtes grosse ». La « mode » du thigh gap – le creux entre les cuisses – a déjà été très médiatisé. Si le défi « A4 » apparaît sur les réseaux sociaux, c’est un signe que la société a du retard sur d’une part le contrôle de ses réseaux, et d’autre part sur la compréhension de la vulnérabilité de ces adolescent (e )s.
Sans parler des modes de prise en charge de cette maladie qui restent encore trop rares, et trop tardifs.
Tout chaud, en avant-première à Paris la semaine prochaine, en pré-commande sur Amazon, et très bientôt dans les librairies de la France entière !! Mon deuxième ouvrage :


Venez nombreux chez Gibert !!
Rien n’est plus humainement représentatif qu’un cours de danse classique . D’abord, au niveau des espaces personnels – on voit relativement rapidement qui a une bonne maîtrise de son espace et est capable de se placer de manière à pouvoir évoluer à son aise sans gêner ses voisins dans la salle.
On voit également les individus à l’aise dans leur corps, qui vont pouvoir se mettre en sous-vêtements dans les vestiaires, voire totalement nus et ceux qui vont se contorsionner pour arriver à enfiler un justaucorps en dessous d’une jupe ou d’un manteau. Et puis ceux qui vont arriver directement en tenue de danse – tenue plus ou moins adaptée à une marche dans la rue d’ailleurs. Une petite fille qui se promène en justaucorps et collants roses, c’est très mignon …jusqu’à quel âge ?
Cette aisance corporelle va d’ailleurs être directement corrélée à la nationalité, certaines éducations sont en effet plus propices à la pudeur que d’autres. De plus, il faut ajouter le facteur genre, dans lequel l’éducation est bien évidemment un élément primordial – dans le cas de vestiaires mixtes, certain(e)s seront plus ou moins à l’aise devant le sexe opposé.
Ensuite, on voit les systèmes de référence. Il y a beaucoup de gens – même adultes – qui arrivent pour la première fois en justaucorps noir – en général de la fameuse marque commençant par un R – toujours une histoire de système de référence – collants roses, et chaussons en cuir roses. Les collants roses semblent parfois indispensables à l’apprentissage du ballet classique. Il y a exceptionnellement quelqu’un qui va arriver avec la jupe longue des professeurs, ou même en tutu – si, si, promis, je l’ai vu.
Il y a aussi les débutant particulièrement naïfs tombés sur des vendeurs peu scrupuleux qui arrivent directement avec de jolies pointes toutes roses, les lacets noués jusqu’à mi-mollet, terminés par un joli nœud de paquet cadeau …Personnellement, mon système pour repérer les débutants si rien n’est observable à première vue est les lacets de demi-pointes …Là non plus, la rosette n’est pas de mise – s’ils forment un grand nœud de paquet, et qu’ils n’ont pas été coupés – et que le chausson est plus rose que gris, on peut affirmer que la personne est très probablement débutante.
C’est un bien meilleur indice que la tenue – quoique, mais pas dans le sens qu’on croit ; si vous voyez quelqu’un en jogging et sweat shirt un peu informe, avec de grosses chaussettes, c’est soit un Anglo-Saxon – les codes vestimentaires des studios anglais et américains étant un peu différents des français – soit un excellent danseur ! Je pense vraiment que le lien entre tenue usée et informe et talent est statistiquement significatif …
Il y a aussi les Russes – chaque studio je pense a sa ou ses Russes – 1m80, les jambes assorties, la minceur de prima ballerina, et souvent le niveau également, avec seulement une certaine tendance à ne regarder qu’une chose, leur image dans le miroir -comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs.
Après, il y a toujours la ou les excentriques – pas forcément dérangeants, mais qui ont visiblement un autre système de référence, soit en ce qui concerne la tenue – par exemple, un académique – c’est-à-dire un collant qui se prolonge en justaucorps – rouge en lycra brillant – n’est pas forcément une tenue appropriée pour un cours de danse classique – de même un body string porté sur des collants chair, soit en ce qui concerne le niveau. Non, si on est moyen et que la mémoire est moyenne également, on ne pousse pas les autres pour être devant, et on ne double pas dans la queue pour les diagonales – pas dans le système de référence d’un studio sur la planète Terre en tout cas.
Reste que la danse, peut-être plus que les autres arts/sports, demeure à mon avis indispensable – si, ou presque ! – à un bon équilibre psychologique et physique. Pourquoi plus ? Car elle allie les bienfaits de l’exercice corporel à ceux de la musique !
C’est donc après ces quelques considérations d’ordre sociologiques qu’il m’est venu l’idée qu’on pourrait très bien construire un test de type Wechsler à partir d’un cours de danse …Et donc, en avant-première, avant qu’il paraisse aux ECPA, le BAIS !
Tous mes remerciements à Wechsler …
Tâches de Compréhension Verbale
Ces tâches évaluent l’expression verbale, la compréhension et la richesse du registre lexical
Ainsi, l’épreuve de Similitudes demande de trouver les ressemblances entre deux notions.
Extrait …
1 En quoi le classique et le jazz se ressemblent ?
2 En quoi une basket et un chausson de danse se ressemblent ?
3 En quoi des pointes et une couverture de livre se ressemblent ?
4 En quoi un pas de bourrée et un pas de valse se ressemblent ?
5 En quoi un assemblé et une sissonne se ressemblent ?
Etc …
La tâche de Vocabulaire est bien sûr la plus aisée à envisager, surtout pour un néophyte …
Que veut dire …
Pas de chat, bourrée, fondu, sissone, brisé, coupé,, assemblé, ballonné, ballotté, étoile, premier danseur …
La tâche de Compréhension peut s’appuyer à la fois sur la technique et sur le savoir-être …
1 Pourquoi faut-il s’échauffer avant de travailler ?
2 Pourquoi a-t-on besoin d’un professeur ?
3 A quel âge peut-on commencer les pointes ?
4 Pourquoi danse-t-on sur des pointes ?
5 De quoi sont faites les pointes ?
6 Pourquoi les danseuses pros doivent-elles être minces ?
7 Existe-t-il des concours pour les jeunes danseurs ?
8 En combien de temps peut-on devenir danseur ?
Certes, les applications de ces savoirs sont assez limitées aux confins des studios et au monde des balletomanes – ceci dit, la plupart des danseurs y vit, de toutes manières, ou du moins respire ballet, mange ballet, dorment ballet …
Tâches de Raisonnement Perceptif
Ces tâches mettent en évidence, le raisonnement logique et déductif, les capacités d’organisation spatiale et évaluent les compétences de synthèse et d’analyse appliquées à des figures géométriques.
L’épreuve de Pions demande d’organiser des pions selon une image servant de modèle.
On peut former des carrés, des triangles, des diagonales en face à face ; ensuite, il s’agit de placer entre 4 et 8 pions dans une surface représentant la salle de danse, de manière à ce que chaque pion soit suffisamment espacé pour pouvoir bouger, et étendre d’éventuels bras et jambes ; de même, placer entre 4 et 12 pions sur 2 à 4 lignes représentant des barres …
Je remplacerais ici, pour mieux illustrer mon propos, l’épreuve des Matrices par l’épreuve Complément d’Images – trouver l’élément manquant – par exemple, la bouteille d’eau à laquelle il manque une étiquette, la latte de parquet manquante, la vis de la barre absente, le lacet d’un chausson disparu …
Identification de concepts, on doit apparier des images appartenant à une même catégorie conceptuelle .Cette épreuve requiert un sens de l’observation et des changements de stratégies dans le raisonnement. Cette épreuve s’appuie principalement sur l’observation des différents élèves du cours de danse ; ainsi, à partir de photos en pieds des différents élèves, il s’agira d’apparier ceux-ci par : genre (masculin ou féminin), âge, nationalité, niveau, couleur de tenue, couleur de chaussons, pointes ou pas, tenue appropriée ou pas, habits usagés ou neufs …
Tâches mettant en jeu la mémoire à court terme et la vitesse de traitement
Les tâches de mémoire de travail demandant un rappel oral de listes de chiffres ou de lettres sont assez aisées à détourner ici
Tâche de Rappel verbal – répéter les combinaisons :
1 glissade assemblé
2 tombé pas de bourrée
3 dégagé pirouette
4 glissade brisé assemblé …
Etc jusqu’à
12 tombé pas de bourrée pirouette en dehors, valse, valse, piqué arabesque posé pirouette en dedans assemblé soutenu …

Tâche de Rappel numérique
Liste de chiffres correspondants aux combinaisons – nombres de temps
Ces tâches sollicitent les capacités de mémoire immédiate, l’attention et la concentration.
Les épreuves de Vitesse de Traitement qui demandent à la fois une rapidité d’exécution, une bonne mémoire visuelle à court terme et des capacités d’attention et de concentration.
Je pense que la Barre suffira à évaluer tout cela …Pliés, petits battements, ronds de jambes, fondus – le tout devant, côté, derrière côté, à droite comme à gauche
Les bras et les jambes feront office de crayons
On peut étalonner sur diverses tranches d’âges et années de pratique.
Et justement, pour la pratique …
http://www.elephantpaname.com/fr/centre-danse/professeur/anne-marie-laffont

(la fin de l’année n’est ni une fin, ni un début, mais une continuité, avec toute la sagesse que l’expérience peut nous apporter.)
Prenez le temps de PENSER
C’est une source de pouvoir
Prenez le temps de JOUER
C’est le secret d’une jeunesse éternelle
Prenez le temps de LIRE
C’est une fontaine de sagesse
Prenez le temps de PRIER
C’est la plus grande puissance de la Terre
Prenez le temps d’AIMER et d’ETRE AIME
C’est un privilège donné par Dieu
Prenez le temps d’ETRE UN AMI
C’est le chemin du bonheur
Prenez le temps de RIRE
C’est la musique de l’âme
Prenez le temps de DONNER
Le temps passe trop vite pour être égoïste
Prenez le temps de TRAVAILLER
C’est le prix de la réussite
Prenez le temps d’ETRE CHARITABLE
C’est le chemin du ciel

« L’espoir sourit sur le seuil de l’année qui arrive,
Murmurant – la prochaine sera plus heureuse »
« l’attitude, c’est une petite chose qui fait une grande différence
et pour finir ….
(https://anaidderebeyan.wordpress.com/ pour la peinture)
ce que je prédisais arrive sur nos écrans, malheureusement !
Ce matin, j’ai eu un réflexe stupide, comme beaucoup d’entre nous – j’ai consulté mes mails sur mon smartphone. L’un de ces mails m’a tellement énervée que j’ai raté l’entrée du parking où je me gare plusieurs fois par semaine depuis sept ans …
Ce mail m’annonçait que M6 allait adapter pour la France l’émission Child Genius . Cette émission britannique passe depuis quelques années sur Channel 4 outre-Manche. Il s’agit de faire concourir à des tests de mémoire, de mathématiques et de culture générale des « enfants prodiges » .
Le Daily Mail a titré en 2014 « est-ce l’émission la plus cruelle de la tv ? » ; de nombreux psychologues se sont élevés contre le concept. On y voit des enfants ultra-stressés, soumis à des révisions intensives par leurs parents, fondant en larmes s’ils ne sont pas les meilleurs. On y voit le pire des parents d’enfants « surdoués » – entre autres, la mère d’Aliayah – psychologue …- qui fait porter à sa fille des semelles rebondissantes pour stimuler les ondes cérébrales, la force à ingurgiter des jus de légumes, et l’entraîne avec un chronomètre, tout en déclarant qu’elle-même et son mari sont « aussi des génies ».
Je suis anglophile à 99.9 % – aussi pour leurs programmes télévisés, qui sont souvent risqués – mais pas forcément choquant. Que des gens veuillent se montrer nus dans la jungle, soit ; qu’ils avalent des araignées vivantes, soit ; qu’on nous montre des déjections humaines dans des tubes à essais, soit ; qu’on joue à faire maigrir en direct des obèses, et à faire grossir des anorexiques …déjà beaucoup plus difficile à accepter, mais ce sont des adultes.

Un petit coup d’œil dans les coulisses – en avant-première, cet article devant paraître dans le journal PsyPad de Décembre 2015
sous forme de feuilleton, car il est un peu long – premier épisode :

« Premier contact »
« Allo bonjour, je vous appelle pour mon fils, il a des difficultés d’endormissement, et puis en fait, depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’il est stressé, enfin bon, c’est sûr que depuis trois mois, il a des mauvaises notes à l’école, et mon mari m’a dit qu’il avait vu un film d’horreur, et il ne veut plus dormir seul, et il nous réveille toutes les nuits, et la maîtresse pense qu’il est dyslexique, et comme son petit frère est né il y a cinq mois et qu’il dort dans notre chambre, je pense qu’il fait des cauchemars, et du coup il ne veut plus manger à la cantine, et puis il se roule par terre, et moi je ne sais pas quoi faire, parce que si je crie ça ne marche pas, et puis son père s’énerve, et vous pensez qu’il faut faire quoi ?
Avec un peu de chance, quand cette maman inquiète vous a appelé, vous étiez dehors, ou au volant – mais vous avez réussi à vous arrêter – ou plongé dans une activité dont vous avez eu du mal à vous extraire. Mais comme vous n’avez pas forcément envie de laisser passer une opportunité de consultation, vous avez répondu.
Premier conseil – toujours un papier, ou un carnet (c’est mieux, car les post-it volants se perdent vite) sous la main, et de quoi écrire.
Deuxième conseil : identifiez et cernez la demande. Il vaut mieux avoir un minimum de détails sur l’enfant, comme son âge, son prénom, sa classe– il est plus facile de rebondir sur les paroles si on utilise le prénom. Ensuite, tentez de récapituler les points-clés qu’avec un peu de chance vous avez retenus, et pensez à demander s’il existe déjà une prise en charge.
Si on vous dit « il voit un psychologue depuis trois mois, tout ce passe très bien, il aime bien y aller, mais j’aimerais une autre opinion » …Personnellement, je refuse de m’engager sur ce terrain miné. Si on vous dit qu’il est suivi, mais que ça se passe mal, c’est différent.
Autre détail pratique – demandez des coordonnées – numéro de téléphone et/ou mail, et confirmez le rendez-vous par écrit : cela évite en général les lapins.
Rentrons dans le vif du sujet …le premier rendez-vous
Si vous êtes un peu comme moi, vous êtes sorti de la fac de psycho en pensant comme Socrate … « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ». On vous a armé de théorie, d’épistémologie de la psychologie, de quelques connaissances sur de multiples sujets, d’exposés approfondis sur des maladies comme le syndrome de Prader-Willi (incidence 1/25000 ) ou le syndrome d’Angelman (incidence 1/12 000 ) mais il vous manque quelques notions purement pratiques comme les raisons pour lesquelles un enfant a peur la nuit ou fait dans sa culotte à l’école. Certes, vous pouvez vous raccrocher à quelques notions séculaires psychanalytiques : « Il pique une crise quand vous embrassez son papa devant lui ? Ne vous inquiétez pas, Madame, il fait son œdipe » ou encore « l’encoprésie lui offre des bénéfices secondaires de nature masturbatoire qui lui permettent de manipuler son entourage familial tout en jouissant d’un certain plaisir érotique, et favorise une autopénétration profonde par le pénis fécal, réalisant ainsi une situation où l’enfant est à la fois actif et passif, pénétrant et pénétré »[1]. Si vous avez gardé votre sérieux jusqu’au bout de l’explication, félicitations – il y a toutes les chances cependant que le parent prenne ses jambes à son cou et qu’il adhère ensuite à la rumeur qui veut que du psy au patient, le plus fou n’est pas celui qu’on croit…
Vous vous rendez vite compte que ça ne rassure que très partiellement le parent angoissé qui est venu vous consulter. J’ai personnellement eu la chance d’avoir eu d’une part une autre vie avant celle de psychologue, qui m’a permis de me construire en partie une connaissance interne du monde de l’enfance, de l’adolescence, et de la parentalité, et d’autre part, des mentors fantastiques sur mes lieux de stage, qui m’ont permis d’avoir quelques clés pour aborder les entretiens avec parents stressés et enfants en souffrance. Je ne les remercierai jamais assez !
Parmi les questions pratiques …à partir de quel âge serre-t-on la main à un enfant ? En général, pas trop tôt – et pourtant, le contact physique facilite souvent le contact relationnel. Irvin Yalom, un psychiatre et thérapeute américain que j’affectionne particulièrement dit dans un merveilleux ouvrage L’art de la thérapie – Lettre ouvert à une nouvelle génération de patients et de thérapeutes[2] : « Je m’oblige à toucher chaque patient à chaque consultation – une poignée de main, une main sur l’épaule. »
Avec l’enfant, la poignée de main est bien évidemment inopportune – il est plus simple d’établir le contact par un grand sourire, éventuellement une main sur l’épaule, et un compliment « dis-donc, il est super ton camion de pompiers – et il y a une sirène en plus ! » ou « tu as mis la belle robe de princesse pour venir … » A éviter avec les pré-adolescents si vous voulez avoir une chance qu’ils acceptent de revenir … Ensuite, laissez –les explorer l’espace ; si comme moi vous avez la chance d’avoir des animaux dans votre lieu de consultation, cela favorise grandement l’acclimatation. Si vous recevez l’enfant seul, commencez par fixer une durée de rendez-vous raisonnable d’une demi-heure – il sera temps ensuite, lorsque vous aurez fait plus amplement connaissance, d’allonger ou de raccourcir ce temps.
La consultation avec l’enfant
Je ne vous apprendrai rien en disant que la pâte à modeler, les jeux de société, les Playmobils, les poupées sont vos meilleurs outils de travail avec un enfant. Pas besoin d’être un créatif né ou un artiste confirmé – si vous êtes comme moi assez peu doué en modelage, il vous suffit de mettre la pâte à modeler à disposition de l’enfant, et de faire semblant de faire quelque chose avec le morceau que vous malaxerez pendant la séance…
Le dessin est bien sûr le médium par excellence de l’entretien avec l’enfant. Le dessin de famille, en particulier, peut vous apporter des éléments intéressants – tel celui de cette petite fille qui a dessiné sa mère, ses grands-parents, ses oncles et tantes… Son père perdu quelque part dans cette famille élargie, mais point de trace de son frère ainé ! Pensez à observer l’ordre de dessin, et à demander à l’enfant de commenter les personnages. Le dessin des cauchemars sert également – on chiffonnera ensuite la feuille, ou on la déchirera pour la jeter, ou on l’enfermera dans un tiroir fermant à clé. Le dessin vous apporte donc des informations précieuses sur l’état mental de l’enfant, mais aussi sur son développement moteur (bonhomme têtard ou cinq doigts à chaque main à quatre ans …)
Il arrive plus souvent qu’on ne le croit que malgré la superbe pochette de feutres et l’assortiment de crayons de couleur, que l’enfant se refuse à dessiner – ou encore que l’enfant vous explique qu’elle ne peut pas dessiner sa famille, car il n’y a pas la couleur exacte de la peau dans les feutres – ou qu’il dessine, puis déchire la feuille parce que « c’est pas beau ». Autant d’indices sur le fonctionnement de cet enfant. Avec les adolescents, ce n’est en général même pas la peine d’essayer, même si certains dessins peuvent être particulièrement utiles dans les cas de troubles du comportement alimentaire.
Il y a donc ceux qui refusent de dessiner, et ceux qui refusent de parler …On vous a appris que le patient devait avoir le monopole de l’espace de parole, et vous vous retrouvez avec un enfant qui répond de manière monosyllabique, ou pire, qui dit « je sais pas ». Le « je sais pas » est l’impasse absolue, le mur sur lequel vos théories se fracassent.
« Vous avez fait quoi à l’école ce matin ? »
En sachant que l’enfant auquel vous vous adressez à une intelligence correcte – voire même supérieure à la normale – vous subodorez qu’il y a anguille sous roche et qu’il ne s’agit probablement pas d’une amnésie rétrograde, ni probablement même d’un refus conscient de répondre. Par contre, il vous faut débloquer la situation. Je vais citer ici Serge Tisseron, dans Fragments d’une psychanalyse empathique : « un patient qui entend évoquer par son thérapeute des difficultés semblables à celles qu’il vit lui-même se sent encouragé à y faire face. Il peut se dire : si mon thérapeute a traversé une épreuve semblable et l’a dépassée, je le peux aussi. » Là encore, on semble franchir un tabou de la thérapie – parler de soi ? Inadmissible ! Et pourtant, avec les enfants, ça marche plutôt bien – qu’on parle de son enfance réelle ou d’une enfance fabriquée pour l’occasion, ou même de tout autre chose qui permettre à l’enfant de s’accrocher au train du discours et de dépasser le « je sais pas ».
Tisseron dit aussi : « Il est parfois utile de formuler à un patient que ses préoccupations sont normales en égard à son âge ou à sa situation familiale, ou que certaines attitudes de ses parents à son endroit dans son enfance étaient habituelles dans leur groupe social. » J’ai entendu récemment un enseignant dire à propos des enfants à haut potentiel « ce ne sont pas des enfants exceptionnels » – je préfère dire que tous les enfants sont exceptionnels, mais ils n’aiment rien tant que d’être comme les autres, et en général, ils apprécient qu’on les rassure sur ce point.
[1] Dumas, J., Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, p427
[2] Yalom, I., (2013) ,L’art de la thérapie, Paris, Editions Galaade.
Petit « coup de gueule » contre un mythe que j’entends trop souvent ces jours-ci dans les média
Années 1920 aux Etats-Unis …Lewis Terman, de l’Université de Stanford, commence à étudier une population d’enfants à haut potentiel, d’âge moyen 11 ans…
Cette étude est mémorable et importante, car elle a porté sur plus de 2000 sujets ! 671 filles et 857 garçons hp, et 600 enfants pour le groupe témoin (servant de comparaison). Et de plus, les 1528 sujets hp ont été suivis par les scientifiques pendant plus de 75 ans ! A l’aide de questionnaires portant sur leurs intérêts, leurs performances scolaires, mais aussi leur vie professionnelle, familiale, leur santé, ces « termites », comme ils ont été appelés, ont permis de faire avancer sensiblement la recherche sur le haut potentiel, et surtout de déconstruire de nombreux mythes.
En 1959, Terman publie avec Oden Genetic Studies of Genius : the gifted group in mid-life, dans lequel il décrit entre autres les résultats de son étude sur le plan professionnel …
Au chapitre 2, Terman et Oden indiquent que les sujets ont beaucoup mieux réussi dans leurs carrières que la moyenne de la population.
Au chapitre 6, les auteurs précisent que 87% des hommes et 83% femmes sont allés à l’université, et que 70% de ces hommes et 67% de ces femmes – l’écart s’explique par la propension des femmes américaines dans les années 1940-1950 à arrêter les études pour fonder une famille – ont obtenu leur diplôme – comparé à 8% de la population générale à l’époque….
Ceux qui n’étaient pas allés à l’université invoquaient principalement le manque d’argent pour financer leurs études et le manque de soutien parental ;
Au chapitre 7, ils détaillent les carrières des individus hp – bien que les métiers allaient de semi-qualifiés à top niveau, comme des professeurs d’université, des scientifiques ou des chefs d’entreprises, la majorité du groupe occupait des postes à responsabilité et de haut niveau. La moitié environ des femmes avait un emploi – encore une fois, années 40/50 – et certaines avaient accédé à des postes de haut niveau. La majorité déclarait un haut niveau de satisfaction professionnelle et personnelle.
Alors, quid des 30% d’échec scolaire ?
Et pourtant, le mythe dure et perdure …