Quelques images de Noël

Quelques idées/images de Noël  en vrac pour ceux qui passeraient par ici pendant les fêtes :

– une petite vidéo – en anglais – de 1959 : des enfants parlent au Père Noël … Bizarrement, pas de tablettes ou de jeux vidéos dans les commandes …Juste un vélo, une table à repasser – bon, ça, ça n’a pas trop changé, une Bible…Et ma préférée « oh …N’importe »

(1940)

Noël de guerre dans un abri anti-aérien

Casse-Noisette …

 Poupée des années 1930

JOYEUX NOEL !

Les enfants à haut potentiel: trop sensibles pour être heureux ? (partie 1)

Les premières épreuves mesurant « l’intelligence » remontent au début du 20ème siècle, avec les tests de Binet en France et de Wechsler aux Etats-Unis, mais depuis, les conceptions de l’intelligence ont évolué, d’une approche globale vers des modèles pluridimensionnels, comme ceux de Sternberg, de Renzulli ou de Gardner.

On considère qu’il y a en France environ 2,3 % d’enfants à Haut Potentiel, la terminologie choisie pour insister sur la notion de capacités présentes chez ces enfants, capacités à développer. Ce pourcentage correspond à des enfants identifiés par un QIT supérieur à 130 obtenu au WISC IV, ce qui est déjà un parti pris. Si on considère un seuil de 145, on obtient seulement 1% d’enfants. D’autre part, le WISC-IV est peu sensible pour les enfants très jeunes, pour les très hauts potentiels, pour les enfants non francophones et pour les enfants présentant des difficultés d’apprentissage. A l’école primaire, les enfants HP sont plutôt bien acceptés par leurs pairs, voire même très populaires. Les problèmes commencent davantage au collège, même si plusieurs études montrent que les adolescents modérément à haut potentiel sont bien acceptés par leurs pairs, populaires et  plutôt extravertis (Dauber & Benbow, 1990)

Gardner (1997) distingue huit domaines d’expression de l’intelligence allant des intelligences verbo-linguistique et logico-mathématique à l’intelligence naturaliste. Il distingue également l’intelligence interpersonnelle « capacité centrale à repérer ce qui distingue les individus […] cette capacité permet à un adulte compétent de déceler les projets et les désirs de l’autre, même s’ils sont dissimulés » et l’intelligence intrapersonnelle, « connaissance introspective de soi : le sentiment d’être vivant, l’expérience de ses émotions, la capacité à les différencier puis à les nommer, à en tirer des ressources pour comprendre et orienter son comportement », deux domaines particulièrement importants pour le cadre de notre étude.

Selon Zenasni et Mouchiroud (2006), les enfants à haut potentiel présenteraient une intelligence émotionnelle significativement plus importante que les enfants tout venant, et que l’intelligence émotionnelle et l’intelligence verbale contribueraient ensemble mais distinctement à « une meilleure planification des buts personnels. » Cependant, les études sont trop limitées jusqu’à présent pour pouvoir généraliser ces données.

Zenasni et Mouchiroud font également état de traits de personnalité présents chez les enfants à haut potentiel, notamment une grande intensité affective définie comme « la tendance des individus à vivre ou ressentir intensément les différentes expériences émotionnelles ». Celle-ci serait liée à une hypersensibilité exacerbée par rapport à celle des enfants tout-venant chez qui elle est déjà présente. Cette hyper-sensibilité n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, favorable à la socialisation de ces enfants : nmême si l’enfant fait preuve d’une grande compréhension du domaine social, il peut être considéré par ses enseignants comme présentant des troubles de comportement social et étant mal accepté par ses pairs. Ainsi, Mendaglio (1995) présente cette hyper-sensitivité comme incluant quatre concepts – la conscience de soi, la prise de distance, l’expérience émotionnelle et l’empathie – insiste sur le fait que cette hyper-sensitivité ne s’exprime pas forcément envers les autres, ce qui explique donc dans une certaine mesure les troubles de socialisation des enfants HP. Edmunds & Edmunds (2005) suggèrent au contraire que les enfants HP posséderaient une grande intuition, qui leur permettrait de mieux comprendre les nuances de la communication interpersonnelle.

 

Dans une approche psycho-pathologique des enfants « surdoués », Lebihain et Tordjman (2006) relèvent certains troubles fréquemment rencontrés chez les enfants à haut potentiel, notamment une forte anxiété, des tendances à la dépression et des troubles de l’image de soi. « Comme l’ont souligné certains auteurs tels que Lebovici et Braunschweig (1967), l’immaturité affective peut s’associer à une angoisse mal élaborée. Au regard de leurs grandes compétences intellectuelles, les aménagements défensifs sont souvent trop fragiles pour contenir psychiquement l’angoisse issue de la conflictualité interne. » Les enfants HP ont souvent conscience d’être différents, dans leurs intérêts, leurs créations artistiques, leurs relations sociales, leurs réactions face à l’école et leurs ambitions. Cela les rend fragiles et vulnérables, car ils doivent fournir un effort important d’adaptation afin de réduire les conflits entre ses besoins personnels et les exigences sociétales. (Cuffaro & Bates, 2007).

Selon Silverman (1994) et Piechowski (1997), les enfants HP ressentent différemment les émotions, à la fois qualitativement et quantitativement: cette dissonance serait source de problèmes à la fois sur le plan cognitif et sur le plan émotionnel, et elle se manifesterait également par des troubles de socialisation. Colangelo (2000) souligne qu’ils seraient très tôt capables de ressentir intensément les émotions, mais n’auraient pas le cadre cognitif nécessaire pour les interpréter – comme par exemple la possibilité de les mettre en relation avec des expériences passées – et qu’ils en deviendraient hypersensibles émotionnellement et hyper-réactifs aux critiques. Certains enfants HP, du fait de leur hyper-sensibilité, peuvent se sentir rejetés, soit dans des situations où ce n’est pas du tout le cas (Whitmore, 1980), soit parce qu’ils réagissent de manière intense à un incident et sont l’objet de moqueries de la part de leurs pairs (Silverman, 1994). 

Trop ou juste assez ? Les adolescents et le mou

Souvent, les deux termes sont prononcés sur un ton de reproche … « tu ne peux pas te lever du canapé, faire quelque chose ? Qu’est-ce que tu peux être mou ! »

Mais là n’est pas mon propos …je veux parler de cette attirance que les adolescents ont pour tout ce qui semble avoir cette propriété de « mollesse ». Très peu pour eux les fauteuils rigides du salon parental – qu’on coupe la tête aux Louis XVI ! Ils préfèrent les poires en tissu, ou mieux encore, les oreillers géants qui épousent parfaitement leurs corps lorsqu’ils jouent à la console ou regardent la télé. Ou encore quand ils lisent leurs mangas – vous voyez, ces petits volumes à couverture molle qui ont presque remplacé les bandes dessinées aux si dures couvertures.

Ces corps, d’ailleurs, moulés pour suivre la mode dans des jeans et des tops si mous qu’ils ne laissent plus rien à l’imagination. Les jeans slims déjà serrés, toujours portés par les garçons qui ne peuvent guère se mettre aux nouveaux collants, ces leggings, et maintenant ces treggings …qui autrefois restaient dans les cours d’aérobic et qui maintenant se promènent en pleine rue. Pour les autres, ceux qui cherchent à cacher la mollesse de leurs bourrelets – imaginaires ou réels – ou pour les jeunes filles formées trop tôt qui souhaitent éviter les regards trop appuyés, la mode molle a également des solutions : les baggys et les sweats over-size, qui ne laissent rien deviner de l’individu qui les porte – là encore, ces vêtements mous plissent, s’avachissent et se déforment au gré des lavages et à l’usure du temps.

D’autres domaines semblent touchés par cette « mollitude ». Prenez par exemple l’alimentation – le fast food, après tout, est peut être rapide – c’est encore à voir à l’heure du déjeuner, où deux malheureux employés débordés sont pris d’assaut par une horde de lycéens affamés – mais il est surtout le royaume du mou. On peut argumenter de la mollesse du steak haché – qui pourtant devrait l’être – mais qui niera celle du petit pain rond, des tomates détrempées, de la feuille de salade errante, et des frites cuites et recuites dans leur bain de friture ? Et en dessert, les favoris, loin devant les quartiers de pommes en petits sachets bien acérés, restent bien les milk shakes et les sundaes …du mou à la limite du liquide.

Quand ce n’est pas au fast food, les purées, les gourdes de compotes, les crèmes desserts, les diverses boissons au café des grandes chaînes américaines…du mou, encore du mou pour flatter les palais adolescents. N’oublions pas le plaisir ultime du doigt plongé dans le nutella – nutella qui peut aussi être étalé mollement sur des tranches de pain de mie bien élastique – un goûter qui a bien souvent remplacé la baguette croustillante et les carrés de chocolat croquants. Et pour le nombre toujours grandissant de jeunes végétariens, le summum de la mollesse est probablement les mixtures de lentilles, quinoa, couscous, et tofu qui font leurs délices.

 

Si nos ados ont délaissés les doudous de leurs premières années il y a bien longtemps, on constate quand même dans leur entourage proche la présence de multiples animaux en peluche, soit dans les chambres, soit en porte-clés, soit accrochés aux sacs et aux cartables – des attributs mous associés à des réceptacles souvent devenus informes, le cuir ou la toile ayant dû supporter les kilos de livres et de cahiers infligés à des sacs au départ conçus pour le porte-monnaie et le rouge à lèvre de ces dames.

 

Alors pourquoi donc cette attirance ? Après avoir constaté la situation, voilà le moment des hypothèses. J’aimerais ici défendre la cause de la mollesse, et l’associer non pas à la paresse, mais à la souplesse. L’adolescence est une période de transition où le cerveau grandement malléable évolue pour devenir adulte. Pour que cette évolution soit optimale, il faut que celui-ci puisse prendre l’empreinte de la société, engranger les apprentissages et se modeler au gré de la personnalité en devenir – la souplesse est donc ici un besoin primaire. Cette soi-disant « mollesse » fait aussi partie de la personnalité caméléon qui il faut bien le reconnaître est indispensable pour survivre dans la jungle scolaire…cette mollesse permet l’adaptation au milieu, adaptation nécessaire à la survie de l’espèce.

Contre la dureté de nos sociétés et de nos lois, l’adolescent se forme un cocon de mollesse, plus protecteur encore que la carapace du homard doltoien , un cocon qui amortit les chocs du passage à la vie adulte.

Un peu de lecture

En cette période de rentrée, je vous recommande la lecture de mon ouvrage  On ne badine pas avec les ados

 

 

 

« Ouvrage d’étude sur une génération en quête de repères, photographie des comportements et schémas de pensée des préadolescents et adolescents, ce livre expose sur un ton à la fois académique et humoristique les situations auxquelles sont confrontées les enfants et les adolescents, les dilemmes auxquels les parents se retrouvent parfois confrontés et offre des suggestions utiles au développement culturel et social des adolescents. Anne-Bénédicte Damon souligne la volonté tant des adultes que des enfants de transmission intergénérationnelle et le désir d’apprendre. »

« A travers un voyage dans la culture que le monde actuel offre à nos enfants et adolescents, nous allons explorer différents domaines d’apprentissage et envisager des perspectives de développement de leurs capacités. Nous voulons tous les aider à « réussir leur vie ». « Notre but à nous, adultes, parents, enseignants et éducateurs, est de les aider à croître. C’est aussi de l’aider à croire, à croire en lui-même, à croire en l’avenir, à croire en ses rêves »

 

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C’est la rentrée

On m’a dit que c’était la rentrée …ah bon ? Vraiment ? Chic alors ! Les rayons de fournitures scolaires des hypermarchés, qui sont pleins depuis au moins deux mois, vont donc laisser la place aux chocolats de Noël…

Pour moi, ça ne va pas changer grand-chose. Certes, au lieu de tapoter frénétiquement sur mon Blackberry du fond de mon transat, je vais pouvoir répondre à mes mails confortablement installée dans ma chaise de bureau. Le volume risque bien sûr d’augmenter légèrement. Disons qu’au lieu de recevoir une cinquantaine de mails par jour, je vais passer à une centaine …sans oublier les Bbms, bien sûr, mais ça, c’est plus rapide …Et maintenant que Miss Teen m’a montré comment faire les Smileys, je vais épater tout le monde !

Les quelques jours au bord de la mer m’ont été bénéfiques : j’ai réussi à boucler le dossier X…et le dossier Y…et le dossier Z…

A propos de Miss Teen, d’ailleurs, une séance shopping se prépare – plusieurs, devrais-je dire. La première avec les copines, et son argent de poche. La deuxième, avec Maman adorée, qui refuse de prêter son Amex depuis qu’elle a été utilisée pour payer « le p’tit top trop la classe » qui coûtait la bagatelle de 210 euros…

Car la rentrée avec les ados, ce n’est plus la trousse Mickey, le cartable Pokémon, les cahiers  et les quatre protèges cahiers. Dès son plus jeune âge, on demande à l’enfant de faire preuve de sérieux, de « bien travailler à l’école » et surtout de « rentrer dans le moule ». Quel parent n’a pas été confronté à la liste de rentrée demandant que son petit chéri, rentré en CM1, ait dès le lendemain en sa possession deux cahiers grand format grands carreaux, un protège cahier bleu, un protège cahier rouge, une règle graduée de 30 cm – souple, sinon c’est trop dangereux – un compas – serait-ce moins dangereux ? – 12 crayons de couleur, un crayon 2H, un crayon 2B…je vous épargne la suite, si vous lisez ces lignes, vous avez probablement déjà subi l’épreuve de la queue dans la librairie surchauffée, entourée de gamins hurleurs et mal élevés – ceux des autres, bien sûr, pas le vôtre – hurlant « Ma-man ! Je veux la trousse Titeuf ! »…

Le besoin de conformité commence dès l’entrée à la maternelle ; si votre fille n’a pas le cartable Charlotte aux fraises ou le cahier de texte Totally Spies, elle risque de se retrouver au ban de sa classe…donc de la société. Pire encore, vous allez passer pour un parent indigne ! Et votre enfant, lui, va se retrouver pris entre deux feux : d’un côté, il doit à tout prix ne pas décevoir son parent, et de l’autre, il doit acquérir un statut qui montrera à la société qu’il a été bien élevé !

Maintenant que mon ado – est une ado, justement,  il n’y a plus que moi qui cède aux offres promotionnelles de 15 stylos pour le prix de 14,5 …Miss Teen a d’autres exigences. Pas question de transporter ses classeurs dans le sac Gérard Darel de l’an dernier …

L’éducation de l’enfant, comme l’explique l’historien Philippe Ariès, est le produit d’une société. En France, on apprend à son enfant à se conformer aux normes de la société, et à s’adapter. La socialisation de l’enfant passe par l’obéissance à des règles sociales, que l’enfant doit intégrer. De plus, l’avenir de l’enfant est déterminé par sa réussite scolaire, qui elle-même garanti une réussite sociale. Les parents font leur maximum pour procurer à leur enfant cette réussite scolaire, qui les mènera vers des filières d’excellence à la française.

En matière de système éducatif, la France est souvent citée en exemple. Les Français ont « la culture de l’excellence ». Et cependant, dans les enquêtes internationales sur l’éducation, nous obtenons de piètres résultats. Ainsi, dans l’enquête PISA 2006, par exemple, à laquelle ont participé plus de 400 000 élèves de 15 ans représentant 57 pays, dont les trente pays de l’OCDE.

En ce qui concerne les performances en sciences, nous nous situons loin derrière des pays comme la Finlande, le Canada, le Japon, et même l’Estonie…

Et pourtant, tout le monde sait qu'on ne va pas à l'école - au collège, au lycée, à l’université, au bureau …pour apprendre ou pour travailler. On y va pour LES COPAINS ET LES COPINES. D’ailleurs, si votre ado daigne répondre à votre question semi-angoissée : « Alors, comment ça s’est passé ? Tu as de bons profs ? », il y a toutes les chances que la réponse ressemble soit à « Trop cool, j’suis dans la classe de Charlotte, et Nathalie, et Marie-Amélie, même si y a le mec trop relou de l’an dernier… », soit à « C’est la cata, Charlotte elle est même pas dans ma classe, Nathalie elle est dans le demi-groupe du jeudi et Julien, tu sais, Julien, le trop beau, il fait allemand  (traduire : pas dans ma classe) ». Sinon, vous pouvez aussi obtenir un bof, un haussement d’épaules et un silence catatonique qu’il vous reste à interpréter …

 

Une fois l’étape « fournitures » dépassée, vous voilà devant une autre épreuve, celle de l’emploi du temps. Je ne comprends pas pourquoi personne n’a jamais pensé à faire un jeu télévisé sur le thème de la rentrée…avec des épreuves de difficulté croissante. Par exemple, première épreuve, le grand ménage et la lessive, et le rangement des bagages…deuxième épreuves, les courses de rentrée – remarquez, il me semble que dans Intervilles, il y avait quelque chose de similaire…troisième épreuve, l’organisation de l’emploi du temps. Dans cette épreuve-là, il y a plusieurs niveaux – pour un seul enfant, pour deux, pour trois…Ensuite, vous compliquez un peu, avec des gages : « Votre aîné(e) entre au collège, le (la) deuxième est encore à l’école, et le (la)  troisième fait sa première année de maternelle » ; ou encore « Ca y est ! Votre aîné(e) a quitté le nid – il (elle) est partie à Lilles/Lyon/Rennes pour sa première année d’école de commerce ; il (elle) rentre le week end, et vous vous consacrez à son bien être – mais sans négliger votre lycéen(ne). »

Dans l’épreuve de l’emploi du temps, vous avez aussi les fameuses activités extrascolaires. Quand les deux parents travaillent, il leur est souvent difficile de passer du temps avec leurs enfants au quotidien. Parfois, ils confient aux grands-parents le soin d’accompagner leurs enfants dans leurs activités extrascolaires, mais actuellement, nombreux sont les jeunes grands-parents dynamiques qui travaillent également ! « Maman, tu pourrais garder Manon ce soir ? » « Désolée, chérie, j’ai un conseil d’administration. » De plus, les seniors sont aujourd’hui des cibles privilégiées pour les tours opérateurs, et grands consommateurs de loisirs culturels : cinéma, théâtre, musées, associations, clubs de sports. Les seniors d’aujourd’hui ne sont plus les grands-parents d’hier.

Je m’adresse là à toutes les mères de famille qui culpabilisent de ne pas emmener leurs enfants davantage dans les musées, au théâtre…  parents débordés, vous avez le droit de ne pas être toujours disponibles ! Par rapport aux années 1990, les parents investissent en moyenne une demi-heure de plus pas mois dans les devoirs à la maison de leurs enfants : dix heures et demie pour la mère, quatre heures pour les pères. Ce sont aussi souvent les mères qui ont la responsabilité du « para-scolaire » : occuper le temps libre de leurs enfants de la manière la plus « intelligente » possible.

En 2006, plus de 80% des femmes vivant en couple et ayant un ou deux enfants étaient actives. Avec trois enfants, tous âgés de trois ans ou plus, l’activité féminine est moins fréquente (72 %), mais elle a nettement progressé par rapport au début des années quatre-vingt-dix où elle était inférieure à 50 %. Selon l’enquête « relations familiales et intergénérationnelles» (ERFI-GGS), les hommes et les femmes qui exercent une activité déclarent aussi souvent rencontrer des difficultés pour articuler leur vie familiale avec leur vie professionnelle : respectivement 42 et 43 %d’entre eux déclarent soit être rentrés trop fatigués pour s’occuper des tâches domestiques,soit avoir eu du mal à assumer leurs responsabilités familiales car ils ont passé beaucoup de temps au travail, et cela à plusieurs reprises dans le mois.

Vous allez donc vous retrouver confrontée à des choix cornéliens. Certes, il n’est pas question d’abandonner le piano ni la danse classique de Miss Teen. Cependant, elle préfère la guitare électrique et le hip-hop …s’en suivent d’âpres négociations : okay pour la guitare, mais en plus du piano. D’accord pour le hip-hop, mais il faut que le cours soit à une distance respectable de l’appartement pour qu’elle puisse y aller et rentrer seule. Quand à l’aîné, qui a décidé qu’il avait « trop de trucs, Maman, cette année, j’te jure, c’est une année de ouf … », vous finissez par décider ensemble de faire une pause dans le programme judo – tennis – batterie – japonais accéléré. Avec le risque d’une surchauffe de l’écran du salon quand les devoirs manqueront à l’appel…Remarquez, la télévision, ça peut aussi être très utile …

Brève de vie …

–         Zut, zut, et re-zut !

Je m’abstiens d’employer les mots plus vulgaires qui me viennent aux lèvres, Petit Poussin – 7 ans et Grand Gaillard – 15 ans – rôdant dans les parages. Après tout, ce ne sont que deux heures de travail qui viennent de disparaître de mon écran à cause d’une fausse manipulation…Grand Gaillard fait brutalement irruption dans la pièce, poursuivi par Petit Poussin, que j’entends crier de sa voix d’enfant de chœur « Rend le moi , you mother fucker sonafabitch … » et je tairai ici la suite pour ménager les cœurs fragiles. Dès que j’eus retrouvé mon souffle – coupé par tant de vulgarité dans la bouche de celui qui me semble être à peine sorti des couches, je m’insurge :

–         Mais voyons, où as-tu appris des horreurs pareilles ?

–         A la télé, voyons, Maman, répond Grand Gaillard. Tu sais, mon prof d’anglais, il nous a conseillé de regarder les films en VO….On a regardé Skins, tu sais la nouvelle série qui passe sur Canal.

« Skins » ? Inconnu au bataillon. « Desperate Housewives », certes… »Sex and the City », bien sûr… »Friends »…j’ai regardé la dernière saison en une nuit . Mais « Skins » ?

–         Oui maman, renchérit Petit Poussin, même que c’est vachement trop bien, y le mec, il doit se faire une fille, et même qu’il achète de la came…

–         C’est super niveau culture anglaise, Maman, j’t assure. C’est des acteurs pas pro, des jeunes quoi, comme nous, et puis c’est leur vie, c’est super éducationnel comme truc. D’ailleurs, y faut qu’j fasse un exposé dessus pour mon cours d’anglais !

 

Je passe sur « éducationnel » : peut-être est-ce un de ces néologismes utilisés dans les médias qui fera bientôt son apparition dans le dictionnaire. A mon époque, on se contentait d’ « éducatif », voire « enrichissant »…D’ailleurs, je me suis récemment demandée si je ne devrais pas reprendre quelques années d’école primaire. Lors d’une de mes errances sur Internet, je me suis retrouvée sur le site de l’Education Nationale, où j’ai pu parcourir des plans de cours destinés à une classe du niveau de Petit Poussin. J’ai donc pu découvrir l’objet d’un des cours de français. Il s’agissait, je cite, d’ «  Inscrire la complexité historique dans un possible imaginaire avec un projet d’écriture en maîtrise de la langue, tel est l’objectif de cette démarche, qui permet à l’élève de cycle 3 de développer une posture de chercheur-critique en histoire et d’écrivain en herbe en éducation littéraire. »

 

Après avoir relu plusieurs fois cet énoncé sibyllin, j’en ai cherché la signification….Posture…celle de mes ados n’est certes pas excellente, mais je préfère compter sur leur kinésithérapeute et le sport pour l’améliorer…je ne suis pas certaine d’ailleurs de souhaiter pour eux une « posture de chercheur », cette image évoquant pour moi le savant perpétuellement penché sur ses éprouvettes ou ses grimoires. Quant à la maîtrise de la langue, je serai heureuse de voir mes enfants maîtriser avant tout la grammaire et l’orthographe…