Trop ou juste assez ? Les adolescents et le mou

Souvent, les deux termes sont prononcés sur un ton de reproche … « tu ne peux pas te lever du canapé, faire quelque chose ? Qu’est-ce que tu peux être mou ! »

Mais là n’est pas mon propos …je veux parler de cette attirance que les adolescents ont pour tout ce qui semble avoir cette propriété de « mollesse ». Très peu pour eux les fauteuils rigides du salon parental – qu’on coupe la tête aux Louis XVI ! Ils préfèrent les poires en tissu, ou mieux encore, les oreillers géants qui épousent parfaitement leurs corps lorsqu’ils jouent à la console ou regardent la télé. Ou encore quand ils lisent leurs mangas – vous voyez, ces petits volumes à couverture molle qui ont presque remplacé les bandes dessinées aux si dures couvertures.

Ces corps, d’ailleurs, moulés pour suivre la mode dans des jeans et des tops si mous qu’ils ne laissent plus rien à l’imagination. Les jeans slims déjà serrés, toujours portés par les garçons qui ne peuvent guère se mettre aux nouveaux collants, ces leggings, et maintenant ces treggings …qui autrefois restaient dans les cours d’aérobic et qui maintenant se promènent en pleine rue. Pour les autres, ceux qui cherchent à cacher la mollesse de leurs bourrelets – imaginaires ou réels – ou pour les jeunes filles formées trop tôt qui souhaitent éviter les regards trop appuyés, la mode molle a également des solutions : les baggys et les sweats over-size, qui ne laissent rien deviner de l’individu qui les porte – là encore, ces vêtements mous plissent, s’avachissent et se déforment au gré des lavages et à l’usure du temps.

D’autres domaines semblent touchés par cette « mollitude ». Prenez par exemple l’alimentation – le fast food, après tout, est peut être rapide – c’est encore à voir à l’heure du déjeuner, où deux malheureux employés débordés sont pris d’assaut par une horde de lycéens affamés – mais il est surtout le royaume du mou. On peut argumenter de la mollesse du steak haché – qui pourtant devrait l’être – mais qui niera celle du petit pain rond, des tomates détrempées, de la feuille de salade errante, et des frites cuites et recuites dans leur bain de friture ? Et en dessert, les favoris, loin devant les quartiers de pommes en petits sachets bien acérés, restent bien les milk shakes et les sundaes …du mou à la limite du liquide.

Quand ce n’est pas au fast food, les purées, les gourdes de compotes, les crèmes desserts, les diverses boissons au café des grandes chaînes américaines…du mou, encore du mou pour flatter les palais adolescents. N’oublions pas le plaisir ultime du doigt plongé dans le nutella – nutella qui peut aussi être étalé mollement sur des tranches de pain de mie bien élastique – un goûter qui a bien souvent remplacé la baguette croustillante et les carrés de chocolat croquants. Et pour le nombre toujours grandissant de jeunes végétariens, le summum de la mollesse est probablement les mixtures de lentilles, quinoa, couscous, et tofu qui font leurs délices.

 

Si nos ados ont délaissés les doudous de leurs premières années il y a bien longtemps, on constate quand même dans leur entourage proche la présence de multiples animaux en peluche, soit dans les chambres, soit en porte-clés, soit accrochés aux sacs et aux cartables – des attributs mous associés à des réceptacles souvent devenus informes, le cuir ou la toile ayant dû supporter les kilos de livres et de cahiers infligés à des sacs au départ conçus pour le porte-monnaie et le rouge à lèvre de ces dames.

 

Alors pourquoi donc cette attirance ? Après avoir constaté la situation, voilà le moment des hypothèses. J’aimerais ici défendre la cause de la mollesse, et l’associer non pas à la paresse, mais à la souplesse. L’adolescence est une période de transition où le cerveau grandement malléable évolue pour devenir adulte. Pour que cette évolution soit optimale, il faut que celui-ci puisse prendre l’empreinte de la société, engranger les apprentissages et se modeler au gré de la personnalité en devenir – la souplesse est donc ici un besoin primaire. Cette soi-disant « mollesse » fait aussi partie de la personnalité caméléon qui il faut bien le reconnaître est indispensable pour survivre dans la jungle scolaire…cette mollesse permet l’adaptation au milieu, adaptation nécessaire à la survie de l’espèce.

Contre la dureté de nos sociétés et de nos lois, l’adolescent se forme un cocon de mollesse, plus protecteur encore que la carapace du homard doltoien , un cocon qui amortit les chocs du passage à la vie adulte.

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