De Lark Rise à Candleford – LA série à voir !

Je voudrais partager avec vous  un petit bijou de la BBC qui jusqu’à aujourd’hui n’existait que dans la version originale non sous-titrée, ce qui peut gêner les anglophiles non bilingues.

« Lark Rise to Candleford », le titre original de cette série – dont la première saison sort dans une semaine en français – est un must pour tous les amateurs de Downton Abbey (vous y retrouverez M. Bates…) et des œuvres de Jane Austen. Elle est tirée d’une trilogie semi-autobiographique de Flora Thompson.lark rise 2

A la fin du 19ème siècle, durant les dernières années de règne de Victoria, l’Angleterre se modernise, et les femmes s’émancipent. On suit la vie de deux communautés qui s’entrelacent, le village paysan, Lark Rise, et le bourg, Candleford. A travers des intrigues amoureuses, et la vie quotidienne des familles, on voit également l’industrialisation des campagnes, l’arrivée du chemin de fer, mais aussi et surtout comment le rôle des femmes évolue, comment les mœurs changent, le rôle de l’Eglise, de l’école, et de la Poste…

Aussi délicieuse  qu’un morceau de gingerbread,  toute en douceur, en subtilité, et en humour épicée par Dorcas Lane, une des seules « maîtresses des Postes » du pays …cette série devrait vous faire fondre !lark-rise

 

https://www.youtube.com/watch?v=vNvixqetW0Y

Le défi de trop ?

Les réseaux sociaux se font l’écho de bien des défis qui en effet défient l’entendement. Ils varient des plus dangereux comme le Neknomination – boire le plus d’alcool possible en un minimum de temps, le Fire challenge – tout simplement se transformer en torche vivante, le Condom challenge – s’enfiler un préservatif sur la tête – aux soi-disant humanitaires, comme le Ice bucket challenge – où se renverser un seau d’eau glacé sur la tête permet de faire des dons à des associations.

Le dernier en date est le A4 WAIST CHALLENGE, qui a déjà fait le tour du monde. Une jeune fille devrait avoir la taille aussi mince qu’une feuille A4. ..Il semble que cette nouvelle lubie vienne de Chine …

http://www.dailymail.co.uk/news/peoplesdaily/article-3492962/Here-comes-tiny-waist-challenge-New-social-media-trend-sees-women-measuring-waists-A4-paper.html

http://www.leparisien.fr/laparisienne/sante/adolescentes-le-defi-minceur-a4-inquiete-21-03-2016-5646063.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.fr%2F

Quelqu’un qui a un peu de logique et des bases d’optique devrait trouver la solution …Il suffirait de s’éloigner de cette fameuse feuille et de la tenir à bout de bras …

Ou encore, comme Alice, de tester quelques potions magiques …irscl20154

Mais au-delà de ces plaisanteries, le sujet est grave. Un membre du parlement britannique, Joan Bakewell, ancienne présentatrice, a suscité les foudres du public la semaine dernière en expliquant que l’anorexie n’était qu’un signe de narcissisme, et que dans les camps en Syrie, il n’y avait pas d’anorexie… (http://www.dailymail.co.uk/news/article-3489997/Anorexia-narcissism-says-Joan-Bakewell-called-hunger-young.html)

Signe de narcissisme, certes – mais dans quel sens ?? Si le narcissisme est l’amour de l’image de soi, et par extension du soi, les jeunes et moins jeunes anorexiques, femmes et hommes, en manquent cruellement. Or, ce narcissisme est nécessaire à la construction du soi, et à l’acquisition de la confiance en soi. Joan Bakewell a présenté ses excuses, peut-être aurait-elle dû plutôt préciser ses propos. Car si l’on sait que l’anorexie est un trouble grave, et qu’il n’est pas apparu surfant sur l’apparition d’une civilisation de l’image où selfies et réseaux sociaux prolifèrent , il est certain que ce sont des circonstances aggravantes, surtout pour les plus jeunes.

Ce qui me semble particulièrement dangereux, c’est que ces défis de la maigreur existent depuis longtemps sur les blogs pro-anas, qui vantent un mode de vie anorexique. A tel point qu’il existe même des wannarexiques – des jeunes filles qui choisissent de s’affamer …Il existait déjà des messages comme « allongez-vous par terre, si vous êtes plus épaisse qu’un Bic, vous êtes grosse ». La « mode » du thigh gap – le creux entre les cuisses – a déjà été très médiatisé. Si le défi « A4 » apparaît sur les réseaux sociaux, c’est un signe que la société a du retard sur d’une part le contrôle de ses réseaux, et d’autre part sur la compréhension de la vulnérabilité de ces adolescent (e )s.ANOR

Sans parler des modes de prise en charge de cette maladie qui restent encore trop rares, et trop tardifs.

Le voilà !!

Tout chaud, en avant-première à Paris la semaine prochaine, en pré-commande sur Amazon, et très bientôt dans les librairies de la France entière !! Mon deuxième ouvrage :

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Venez nombreux chez Gibert !!

Petite psycho-sociologie du cours de danse et variation sur le thème du test d’intelligence

 

Rien n’est plus humainement représentatif qu’un cours de danse classique . D’abord, au niveau des espaces personnels – on voit relativement rapidement qui a une bonne maîtrise de son espace et est capable de se placer de manière à pouvoir évoluer à son aise sans gêner ses voisins dans la salle.degas

On voit également les individus à l’aise dans leur corps, qui vont pouvoir se mettre en sous-vêtements dans les vestiaires, voire totalement nus et ceux qui vont se contorsionner pour arriver à enfiler un justaucorps en dessous d’une jupe ou d’un manteau. Et puis ceux qui vont arriver directement en tenue de danse – tenue plus ou moins adaptée à une marche dans la rue d’ailleurs. Une petite fille qui se promène en justaucorps et collants roses, c’est très mignon …jusqu’à quel âge ?

Cette aisance corporelle va d’ailleurs être directement corrélée à la nationalité, certaines éducations sont en effet plus propices à la pudeur que d’autres. De plus, il faut ajouter le facteur genre, dans lequel l’éducation est bien évidemment un élément primordial – dans le cas de vestiaires mixtes, certain(e)s seront plus ou moins à l’aise devant le sexe opposé.

Ensuite, on voit les systèmes de référence. Il y a beaucoup de gens – même adultes – qui arrivent pour la première fois en justaucorps noir – en général de la fameuse marque commençant par un R – toujours une histoire de système de référence – collants roses, et chaussons en cuir roses. Les collants roses semblent parfois indispensables à l’apprentissage du ballet classique. Il y a exceptionnellement quelqu’un qui va arriver avec la jupe longue des professeurs, ou même en tutu – si, si, promis, je l’ai vu.

Il y a aussi les débutant particulièrement naïfs tombés sur des vendeurs peu scrupuleux qui arrivent directement avec de jolies pointes toutes roses, les lacets noués jusqu’à mi-mollet, terminés par un joli nœud de paquet cadeau …Personnellement, mon système pour repérer les débutants si rien n’est observable à première vue est les lacets de demi-pointes …Là non plus, la rosette n’est pas de mise – s’ils forment un grand nœud de paquet, et qu’ils n’ont pas été coupés – et que le chausson est plus rose que gris, on peut affirmer que la personne est très probablement débutante.ballet shoes1

C’est un bien meilleur indice que la tenue – quoique, mais pas dans le sens qu’on croit ; si vous voyez quelqu’un en jogging et sweat shirt un peu informe, avec de grosses chaussettes, c’est soit un Anglo-Saxon – les codes vestimentaires des studios anglais et américains étant un peu différents des français – soit un excellent danseur ! Je pense vraiment que le lien entre tenue usée et informe et talent est statistiquement significatif …

Il y a aussi les Russes – chaque studio je pense a sa ou ses Russes – 1m80, les jambes assorties, la minceur de prima ballerina, et souvent le niveau également, avec seulement une certaine tendance à ne regarder qu’une chose, leur image dans le miroir -comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs.

Après, il y a toujours la ou les excentriques – pas forcément dérangeants, mais qui ont visiblement un autre système de référence, soit en ce qui concerne la tenue – par exemple, un académique – c’est-à-dire un collant qui se prolonge en justaucorps – rouge en lycra brillant – n’est pas forcément une tenue appropriée pour un cours de danse classique – de même un body string porté sur des collants chair, soit en ce qui concerne le niveau. Non, si on est moyen et que la mémoire est moyenne également, on ne pousse pas les autres pour être devant, et on ne double pas dans la queue pour les diagonales – pas dans le système de référence d’un studio sur la planète Terre en tout cas.

Reste que la danse, peut-être plus que les autres arts/sports, demeure à mon avis indispensable – si, ou presque ! – à un bon équilibre psychologique et physique. Pourquoi plus ? Car elle allie les bienfaits de l’exercice corporel à ceux de la musique !

C’est donc après ces quelques considérations d’ordre sociologiques qu’il m’est venu l’idée qu’on pourrait très bien construire un test de type Wechsler à partir d’un cours de danse …Et donc, en avant-première, avant qu’il paraisse aux ECPA, le BAIS !

Ballet Adult Intelligence Scale  – BAIS 1ere édition (à ma connaissance)

Tous mes remerciements à Wechsler …

Tâches de Compréhension Verbale

 Ces tâches évaluent l’expression verbale, la compréhension et la richesse du registre lexical

Ainsi, l’épreuve de Similitudes demande de trouver les ressemblances entre deux notions.

Extrait …

1 En quoi le classique et le jazz se ressemblent ?

2 En quoi une basket et un chausson de danse se ressemblent ?

3 En quoi des pointes et une couverture de livre se ressemblent ?

4 En quoi un pas de bourrée et un pas de valse se ressemblent ?

5 En quoi un assemblé et une sissonne se ressemblent ?

Etc …

 

La tâche de Vocabulaire est bien sûr la plus aisée à envisager, surtout pour un néophyte …

Que veut dire …

Pas de chat, bourrée, fondu, sissone, brisé, coupé,, assemblé, ballonné, ballotté, étoile, premier danseur …

 

La tâche de Compréhension peut s’appuyer à la fois sur la technique et sur le savoir-être …

1 Pourquoi faut-il s’échauffer avant de travailler ?

2 Pourquoi a-t-on besoin d’un professeur ?

3 A quel âge peut-on commencer les pointes ?

4 Pourquoi danse-t-on sur des pointes ?

5 De quoi sont faites les pointes ?

6 Pourquoi les danseuses pros doivent-elles être minces ?

7 Existe-t-il des concours pour les jeunes danseurs ?

8 En combien de temps peut-on devenir danseur ?

Certes, les applications de ces savoirs sont assez limitées aux confins des studios et au monde des balletomanes – ceci dit, la plupart des danseurs y vit, de toutes manières, ou du moins respire ballet, mange ballet, dorment ballet …

Tâches de Raisonnement Perceptif

Ces tâches mettent en évidence, le raisonnement logique et déductif, les capacités d’organisation spatiale et évaluent les compétences de synthèse et d’analyse appliquées à des figures géométriques.

L’épreuve de Pions demande d’organiser des pions selon une image servant de modèle.

On peut former des carrés, des triangles, des diagonales en face à face ; ensuite, il s’agit de placer entre 4 et 8 pions dans une surface représentant la salle de danse, de manière à ce que chaque pion soit suffisamment espacé pour pouvoir bouger, et étendre d’éventuels bras et jambes ; de même, placer entre 4 et 12 pions sur 2 à 4 lignes représentant des barres …

Je remplacerais ici, pour mieux illustrer mon propos, l’épreuve des Matrices par l’épreuve Complément d’Images – trouver l’élément manquant – par exemple, la bouteille d’eau à laquelle il manque une étiquette, la latte de parquet manquante, la vis de la barre absente, le lacet d’un chausson disparu …

Identification de concepts,  on doit apparier des images appartenant à une même catégorie conceptuelle .Cette épreuve requiert un sens de l’observation et des changements de stratégies dans le raisonnement. Cette épreuve s’appuie principalement sur l’observation des différents élèves du cours de danse ; ainsi, à partir de photos en pieds des différents élèves, il s’agira d’apparier ceux-ci par : genre (masculin ou féminin), âge, nationalité, niveau, couleur de tenue, couleur de chaussons, pointes ou pas,  tenue appropriée ou pas, habits usagés ou neufs …

Tâches mettant en jeu la mémoire à court terme et  la vitesse de traitement

Les tâches de mémoire de travail demandant un rappel oral de listes de chiffres ou de lettres sont assez aisées à détourner ici

Tâche de Rappel verbal – répéter les combinaisons :

1 glissade assemblé

2 tombé pas de bourrée

3 dégagé pirouette

4 glissade brisé assemblé …

Etc jusqu’à

12 tombé pas de bourrée pirouette en dehors, valse, valse, piqué arabesque posé pirouette en dedans assemblé soutenu …

positions

Tâche de Rappel numérique

Liste de chiffres correspondants aux combinaisons – nombres de temps

Ces tâches sollicitent les capacités de mémoire immédiate, l’attention et la concentration.

Les épreuves de Vitesse de Traitement qui demandent à la fois une rapidité d’exécution, une bonne mémoire visuelle à court terme et des capacités d’attention et de concentration.

Je pense que la Barre suffira à évaluer tout cela …Pliés, petits battements, ronds de jambes, fondus – le tout devant, côté, derrière côté, à droite comme à gauche

Les bras et les jambes feront office de crayons

On peut étalonner sur diverses tranches d’âges et années de pratique.

Et justement, pour la pratique …

http://www.elephantpaname.com/fr/centre-danse/professeur/anne-marie-laffont

en cette veille de nouvelle année

…Je voudrais partager avec vous quelques phrases

New-Year-Quotes-1

(la fin de l’année n’est ni une fin, ni un début, mais une continuité, avec toute la sagesse que l’expérience peut nous apporter.)

 

Prenez le temps

Prenez le temps de PENSERtake time001

C’est une source de pouvoir

Prenez le temps de JOUER

C’est le secret d’une jeunesse éternelle

Prenez le temps de LIRE

C’est une fontaine de sagesse

Prenez le temps de PRIER

C’est la plus grande puissance de la Terre

Prenez le temps d’AIMER et d’ETRE AIME

C’est un privilège donné par Dieu

Prenez le temps d’ETRE UN AMI

C’est le chemin du bonheur

Prenez le temps de RIRE

C’est la musique de l’âme

Prenez le temps de DONNER

Le temps passe trop vite pour être égoïste

Prenez le temps de TRAVAILLER

C’est le prix de la réussite

Prenez le temps d’ETRE CHARITABLE

C’est le chemin du ciel

hope smiles

« L’espoir sourit sur le seuil de l’année qui arrive,

Murmurant – la prochaine sera plus heureuse »

 

 

 

 

« l’attitude, c’est une petite chose qui fait une grande différenceattitude2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et pour finir ….

2016002(https://anaidderebeyan.wordpress.com/ pour la peinture)

 

Pratique clinique avec les enfants – de la théorie à la réalité du terrain

Un petit coup d’œil dans les coulisses – en avant-première, cet article devant paraître dans le journal PsyPad de Décembre 2015

sous forme de feuilleton, car il est un peu long – premier épisode :

divan ours

« Premier contact »

« Allo bonjour, je vous appelle pour mon fils, il a des difficultés d’endormissement, et puis en fait, depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’il est stressé, enfin bon, c’est sûr que depuis trois mois, il a des mauvaises notes à l’école, et mon mari m’a dit qu’il avait vu un film d’horreur, et il ne veut plus dormir seul, et il nous réveille toutes les nuits, et la maîtresse pense qu’il est dyslexique, et comme son petit frère est né il y a cinq mois et qu’il dort dans notre chambre, je pense qu’il fait des cauchemars, et du coup il ne veut plus manger à la cantine, et puis il se roule par terre, et moi je ne sais pas quoi faire, parce que si je crie ça ne marche pas, et puis son père s’énerve, et vous pensez qu’il faut faire quoi ?

  • Bonjour Madame, en effet, la situation paraît un peu compliquée – quel âge a votre enfant ? »

Avec un peu de chance, quand cette maman inquiète vous a appelé, vous étiez dehors, ou au volant – mais vous avez réussi à vous arrêter – ou plongé dans une activité dont vous avez eu du mal à vous extraire. Mais comme vous n’avez pas forcément envie de laisser passer une opportunité de consultation, vous avez répondu.

Premier conseil – toujours un  papier, ou un carnet (c’est mieux, car les post-it volants se perdent vite) sous la main, et de quoi écrire.

Deuxième conseil : identifiez et cernez la demande. Il vaut mieux avoir un minimum de détails sur l’enfant, comme son âge, son prénom, sa classe– il est plus facile de rebondir sur les paroles si on utilise le prénom. Ensuite, tentez de récapituler les points-clés qu’avec un peu de chance vous avez retenus, et pensez à demander s’il existe déjà une prise en charge.

Si on vous dit « il voit un psychologue depuis trois mois, tout ce passe très bien, il aime bien y aller, mais j’aimerais une autre opinion » …Personnellement, je refuse de m’engager sur ce terrain miné. Si on vous dit qu’il est suivi, mais que ça se passe mal, c’est différent.

Autre détail pratique – demandez des coordonnées – numéro de téléphone et/ou mail, et confirmez le rendez-vous par écrit : cela évite en général les lapins.

Rentrons dans le vif du sujet …le premier rendez-vous

Si vous êtes un peu comme moi, vous êtes sorti de la fac de psycho en pensant comme Socrate … « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ». On vous a armé de théorie, d’épistémologie de la psychologie, de quelques connaissances sur de multiples sujets, d’exposés approfondis sur des maladies comme le syndrome de Prader-Willi (incidence 1/25000 ) ou le syndrome d’Angelman  (incidence 1/12 000 ) mais il vous manque quelques notions purement pratiques comme les raisons pour lesquelles un enfant a peur la nuit ou fait dans sa culotte à l’école. Certes, vous pouvez vous raccrocher à quelques notions séculaires psychanalytiques : « Il pique une crise quand vous embrassez son papa devant lui ? Ne vous inquiétez pas, Madame, il fait son œdipe » ou encore «  l’encoprésie lui offre des bénéfices secondaires de nature masturbatoire qui lui permettent de manipuler son entourage familial tout en jouissant d’un certain plaisir érotique, et favorise une autopénétration profonde par le pénis fécal, réalisant ainsi une situation où l’enfant est à la fois actif et passif, pénétrant et pénétré »[1]. Si vous avez gardé votre sérieux jusqu’au bout de l’explication, félicitations – il y a toutes les chances cependant que le parent prenne ses jambes à son cou et qu’il adhère ensuite à la rumeur qui veut que du psy au patient, le plus fou n’est pas celui qu’on croit…

Vous vous rendez vite compte que ça ne rassure que très partiellement le parent angoissé qui est venu vous consulter. J’ai personnellement eu la chance d’avoir eu d’une part une autre vie avant celle de psychologue, qui m’a permis de me construire en partie une connaissance interne du monde de l’enfance, de l’adolescence, et de la parentalité, et d’autre part, des mentors fantastiques sur mes lieux de stage, qui m’ont permis d’avoir quelques clés pour aborder les entretiens avec parents stressés et enfants en souffrance. Je ne les remercierai jamais assez !

 

Parmi les questions pratiques …à partir de quel âge serre-t-on la main à un enfant ? En général, pas trop tôt – et pourtant, le contact physique facilite souvent le contact relationnel. Irvin Yalom, un psychiatre et thérapeute américain que j’affectionne particulièrement dit dans un merveilleux ouvrage L’art de la thérapie – Lettre ouvert à une nouvelle génération de patients et de thérapeutes[2] : « Je m’oblige à toucher chaque patient à chaque consultation – une poignée de main, une main sur l’épaule. »

Avec l’enfant, la poignée de main est bien évidemment inopportune – il est plus simple d’établir le contact par un grand sourire, éventuellement une main sur l’épaule, et un compliment « dis-donc, il est super ton camion de pompiers – et il y a une sirène en plus ! » ou « tu as mis la belle robe de princesse pour venir … » A éviter avec les pré-adolescents si vous voulez avoir une chance qu’ils acceptent de revenir … Ensuite, laissez –les explorer l’espace ; si comme moi vous avez la chance d’avoir des animaux dans votre lieu de consultation, cela favorise grandement l’acclimatation.  Si vous recevez l’enfant seul, commencez par fixer une durée de rendez-vous raisonnable d’une demi-heure – il sera temps ensuite, lorsque vous aurez fait plus amplement connaissance, d’allonger ou de raccourcir ce temps.

La consultation avec l’enfant

Je ne vous apprendrai rien en disant que la pâte à modeler, les jeux de société, les Playmobils, les poupées sont vos meilleurs outils de travail avec un enfant. Pas besoin d’être un créatif né ou un artiste confirmé – si vous êtes comme moi assez peu doué en modelage, il vous suffit de mettre la pâte à modeler à disposition de l’enfant, et de faire semblant de faire quelque chose avec le morceau que vous malaxerez pendant la séance…

Le dessin est bien sûr le médium par excellence de l’entretien avec l’enfant. Le dessin de famille, en particulier, peut vous apporter des éléments intéressants – tel celui de cette petite fille qui a dessiné sa mère, ses grands-parents, ses oncles et tantes… Son père perdu quelque part dans cette famille élargie, mais point de trace de son frère ainé ! Pensez à observer l’ordre de dessin, et à demander à l’enfant de commenter les personnages. Le dessin des cauchemars sert également – on chiffonnera ensuite la feuille, ou on la déchirera pour la jeter, ou on l’enfermera dans un tiroir fermant à clé. Le dessin vous apporte donc des informations précieuses sur l’état mental de l’enfant, mais aussi sur son développement moteur (bonhomme têtard ou cinq doigts à chaque main à quatre ans …)

Il arrive plus souvent qu’on ne le croit que malgré la superbe pochette de feutres et l’assortiment de crayons de couleur, que l’enfant se refuse à dessiner – ou encore que l’enfant vous explique qu’elle ne peut pas dessiner sa famille, car il n’y a pas la couleur exacte de la peau dans les feutres – ou qu’il dessine, puis déchire la feuille parce que « c’est pas beau ». Autant d’indices sur le fonctionnement de cet enfant.  Avec les adolescents, ce n’est en général même pas la peine d’essayer, même si certains dessins peuvent être particulièrement utiles dans les cas de troubles du comportement alimentaire.

Il y a donc ceux qui refusent de dessiner, et ceux qui refusent de parler …On vous a appris que le patient devait avoir le monopole de l’espace de parole, et vous vous retrouvez avec un enfant qui répond de manière monosyllabique, ou pire, qui dit « je sais pas ». Le « je sais pas » est l’impasse absolue, le mur sur lequel vos théories se fracassent.

« Vous avez fait quoi à l’école ce matin ? »

  • Je sais pas
  • Et ce weekend, tu es allé au parc ?
  • Je sais pas
  • Tu as mangé quoi à la cantine aujourd’hui ?
  • Je sais pas »

En sachant que l’enfant auquel vous vous adressez à une intelligence correcte – voire même supérieure à la normale – vous subodorez qu’il y a anguille sous roche et qu’il ne s’agit probablement pas d’une amnésie rétrograde, ni probablement même d’un refus conscient de répondre. Par contre, il vous faut débloquer la situation. Je vais citer ici Serge Tisseron, dans Fragments d’une psychanalyse empathique : « un patient qui entend évoquer par son thérapeute des difficultés semblables à celles qu’il vit lui-même se sent encouragé à y faire face. Il peut se dire : si mon thérapeute a traversé une épreuve semblable et l’a dépassée, je le peux aussi. » Là encore, on semble franchir un tabou de la thérapie – parler de soi ? Inadmissible ! Et pourtant, avec les enfants, ça marche plutôt bien – qu’on parle de son enfance réelle ou d’une enfance fabriquée pour l’occasion, ou même de tout autre chose qui permettre à l’enfant de s’accrocher au train du discours et de dépasser le « je sais pas ».

Tisseron dit aussi : « Il est parfois utile de formuler à un patient que ses préoccupations sont normales en égard à son âge ou à sa situation familiale, ou que certaines attitudes de ses parents à son endroit dans son enfance étaient habituelles dans leur groupe social. » J’ai entendu récemment un enseignant dire à propos des enfants à haut potentiel « ce ne sont pas des enfants exceptionnels » – je préfère dire que tous les enfants sont exceptionnels, mais ils n’aiment rien tant que d’être comme les autres, et en général, ils apprécient qu’on les rassure sur ce point.

[1] Dumas, J., Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, p427

[2] Yalom, I., (2013) ,L’art de la thérapie, Paris, Editions Galaade.

I’ve found a publisher …Or rather, he found me !

Many old books combined by a heap. Russian saying 'Knowledge - light, ignorance - darkness'

Une TRES BONNE NOUVELLE …Mon nouveau livre a trouvé preneur ! Il est donc actuellement en cours d’édition, et il sortira aux Editions Enrick Barbillon début mars !

Quand le syndrome d’Asperger s’invite dans les séries : un moment de détente intelligente

Pour ceux qui seraient en vacances – ou qui auraient envie de faire semblant : un petit conseil série ! parenthood dvd

je vais de finir la dernière saison de Parenthood : une des meilleures des productions récentes, à mon avis, en particulier sur le plan psychologique. Comme la majorité des sagas familiales, cette série aborde différents sujets de société – allant de l’adoption au chômage, en passant par le divorce et l’homosexualité féminine. Non seulement ces thèmes sont abordés avec justesse et intelligence, mais un autre thème souvent mal -traité en fiction sous-tend les épisodes : l’autisme avec deux personnages atteints du syndrome d’Asperger (je ne dirai pas lesquels pour ménager le suspense). Là encore, les personnages sont vrais, sans exagération, et sans pathos

je recommande à 100% parenthood

Les 5 peurs que nous partageons tous

Une fois n’est pas coutume, j’ai traduit un article que je souhaite vous faire partager 🙂

https://www.psychologytoday.com/blog/brainsnacks/201203/the-only-5-fears-we-all-share

Quand on sait d’où elles proviennent vraiment, on peut commencer à les dominer

Le président Franklin Roosevelt a dit « La seule chose dont on doit vraiment avoir peur, c’est la peur elle-même. »  Je pense qu’il avait raison : la peur d’avoir peur cause probablement plus de problèmes dans nos vies que la peur elle-même. Cela demande quelques explications, n’est-ce pas ?

La peur a mauvaise réputation chez la plupart des gens. Et ce n’est pas du tout aussi compliqué que ce qu’on croit. Une définition simple et utile de la peur est : une sensation d’anxiété provoquée par l’anticipation d’un évènement ou d’une expérience imaginés.

Les experts médicaux nous disent que la sensation anxieuse qui intervient lorsqu’on a peur est une réaction biologique standardisée. C’est presque la même gamme de signaux corporels, qu’on ait peur d’être mordu par un chien, d’être rejeté pour un rendez-vous amoureux ou d’être contrôlé par les impôts.

La peur, comme toutes les autres émotions, est fondamentalement de l’information. Elle nous procure des renseignements  sur notre état psycho-biologique et des moyens de le comprendre – si nous acceptons cette émotion.

Il n’y a en fait que 5 peurs primaires, desquelles découlent toutes nos autres soi-disant peurs.

1 L’extinction – la peur de la destruction, de ne plus exister. Il s’agit d’une manière plus fondamentale d’exprimer ce qu’on nomme souvent la « peur de la mort ». L’idée de ne plus exister réveille une anxiété primaire existentielle chez tous les êtres humains normalement constitués. Voyez la sensation de panique que vous ressentez quand vous êtes sur le toit d’un immeuble et que vous regardez dans le vide.

2 La mutilation – la peur de perdre un élément de notre précieuse structure corporelle, la pensée de voir nos limites corporelles franchies, ou de perdre l’intégrité d’un organe, d’une partie de notre corps, ou d’une fonction naturelle. Les peurs des animaux, comme les insectes, les araignées, les serpents ou autres choses rampantes viennent de cette peur de la mutilation.

3 La perte d’autonomie – la peur d’être immobilisé, paralysé, restreint dans nos mouvements, dépassé par la situation, emprisonné, étouffé, ou contrôlé par des circonstances extérieures en dehors de notre contrôle. Sous une forme physique, il s’agit de la claustrophobie, mais cela s’étend aussi à nos interactions sociales et à nos relations.

4 La séparation – la peur de l’abandon, du rejet, et de la perte de connexion ; de devenir une non-personne , quelqu’un de non-désiré, non respecté ou apprécié par quiconque. La « mise en quarantaine », lorsqu’elle est imposée par un groupe, peut avoir un effet psychologique dévastateur sur sa cible.

5 La mort de l’ego – la peur de l’humiliation, de la honte, ou de tout autre mécanisme de atteinte profonde à l’estime de soi qui menace la perte de l’intégrité du Soi ; la peur de la destruction ou de la désintégration de ce qu’on a pu se créer pour se sentir aimé, capable et apprécié.

C’est tout – juste ces 5 peurs. On peut les voir comme formant une hiérachie – la « peurarchie ».

peurarchie

Pensez aux différentes étiquettes qu’on met sur nos peurs. Commencez par les peurs simples : le vertige ou la peur de tomber est tout simplement la peur de ‘l’extinction (peut-être accompagnée par une mutilation importante, mais ça, c’est un peu secondaire). La peur de l’échec ? Voyez-là comme la peur de la « mort de l’ego ». La peur du rejet ? C’est la peur de la séparation et probablement aussi la peur de la « mort de l’ego ». La terreur que beaucoup ressentent à l’idée de parler en public est à la base la peur de la « mort de l’ego ». La peur de l’intimité, ou la « peur de l’engagement » est à la base la peur de perdre son autonomie.

D’autres émotions que nous connaissons par des périphrases populaires sont juste des pseudos pour ces peur primaires. Si vous retrouvez leurs racines, les peurs primaires apparaissent. La jalousie, par exemple, est une expression de la peur de la séparation, ou de la dévaluation. « elle lui donnera plus de valeur qu’elle ne m’en donne à moi ». A l’extrême, elle peut se rapporter à la « mort de l’ego » – « je n’aurais plus de valeur ». L’envie fonctionne sur le même principe.

La honte et la culpabilité expriment la peur de – ou l’état – de séparation et de « mort de l’ego ». De même la gêne et l’humiliation.

La peur est souvent l’émotion à la base de la colère. Les opprimés sont en colère contre leurs oppresseurs car ils craignent – ou ressentent – la perte de leur autonomie et même la « mort de l’ego ».

La destruction d’une culture ou d’une religion par un envahisseur peut être ressentie comme une sorte de « mort de l’ego » collective.

L’intolérance religieuse peut exprimer la peur de la « mort de l’ego » sur un niveau universel, et peut même s’étendre à une angoisse existentielle. « Si mon dieu n’est pas le bon, ou le meilleurs, alors je vais me retrouver sans dieu. Et si je n’ai pas un dieu derrière moi, je serai à la merci des forces impersonnelles de l’environnement. Je pourrais disparaître comme ça, sans raison. »

Quelques-unes de nos peurs, bien sûr, nous permettent de survivre. D’autres sont des réflexes appris qui peuvent être atténués ou ré-appris.

Cette idée étrange d’avoir « peur de nos peurs » devient moins étrange quand on comprend que la plupart de nos réactions d’évitement – refuser une invitation à une soirée si on est mal à l’aise en société, repousser un rendez-vous chez le médecin, ou ne pas demander une augmentation – sont des réflexes instantanés qui sont des réactions à des souvenirs de peur. Ces réflexes sont si rapides que nous ne ressentons pas l’effet total de la peur. Nous ressentons une « micro-peur » – une réaction qui serait un « résumé codé » de la peur véritable. Cette réaction réflexe agit de la même manière que la peur elle-même, en nous faisant éviter la situation. C’est pourquoi on peut dire que la plupart de nos réactions de peur sont en fait des « peurs de la peur ».

Quand on oublie notre conception de la peur comme étant une montée de forces intérieures hostiles – la conception freudienne – et qu’on commence à envisager la peur et les émotions qui l’accompagnent comme de l’information, on peut les envisager consciemment. Et plus on envisage clairement et calmement les origines de nos peurs, moins elles nous effrayeront et nous contrôleront.